Version française
 


En puisant dans notre patrimoine immatériel, nous découvrons des mines d’inspiration poétique touchant notre spiritualité, notre vie communautaire, les célébrations religieuses ou l’accueil des visiteurs. Écoutons vibrer les cordes sensibles de nos devancières du siècle passé.
Les Adoratrices du Précieux Sang.
Flora Soeur Marie-de-Bon-Secours (Marguerite Gosselin), a.p.s.

Soeur Marie-de-Bon-Secours est née à Verchères (Québec) le 10 mai 1841. Décédée au monastère du Précieux Sang de Saint-Hyacinthe le 7 avril 1893, elle est inhumée au cimetière claustral.
Le triomphe du Cœur de Jésus  
Voilà, voilà ce Cœur brûlant de tant de flammes
Qui s'épuise pour vous et qui n'est pas aimé;
Il vient, par ses bienfaits, triompher de vos âmes,
Répondez à l'ardeur dont il est consumé.
Gloire, amour au Cœur adorable
D'où jaillit un Sang rédempteur,
De ce monde coupable
Il est triomphateur!
Je viens vous révéler mon amour sans mesure,
Vous répéter sans fin: mon cœur a soif encor,
Il a soif d'épancher le Sang de sa blessure,
Ah! venez recueillir ce suprême trésor.
Venez, je vous promets les dons de ma tendresse
Et pour vous recevoir, j'élargirai mon cœur,
Je vous consolerai dans les jours de tristesse
Et je rendrai plus doux votre accablant labeur.
Triomphe, ô Cœur divin, de notre ingratitude,
Nous avons entendu ton amoureux appel;
Tu sera désormais notre béatitude,
Tu nous verras sans cesse entourer ton autel.

Tu nous apparaîtras dans cette douce image
Faisant couler sur nous ton dernier flot de Sang,
Et nos cœurs, à leur tour, se livrant sans partage
Ne se soustrairont plus à ton désir pressant.
Souvent, dans le passé, nos âmes infidèles
Ont fui bien loin de toi, Cœur à jamais béni,
Mais tu nous as montré dans des clartés nouvelles
Les ravissants secrets d'un amour infini.
Alors nous avons dit au monde qui t'ignore
Il est un Cœur plus grand que nous devons aimer;
Tout le ciel le bénit et la terre l'adore,
C'est pour lui que nos cœurs veulent se consumer.
Oui, sois notre seul bien dans l'exil de la vie,
Cœur sacré de Jésus, source du Sang divin;
Et quand tu viens en nous palpitant dans l'hostie,
Daigne nous embraser d'un feu de Séraphin.
(Août 1876)

Les cinq miettes de la table du Maître
(Mt 15, 27)

Je suis un petit chien sous la table du Maître,
Je n'ose requérir le pain de ses enfants;
Mais Jésus est si bon…Ah! de sa main peut-être,
S'échapperont pour moi les miettes que j'attends!

Comme cette humble femme à l'ardente prière,
J'implore sa bonté, je m'attache à ses pas.
S'il paraît, un moment, dédaigner ma misère
Mon cœur sent que son Cœur ne me repousse pas.

O doux fils de David, ô mon Maître adorable,
Je me couche à tes pieds, petit chien gémissant;
Par pitié, donne-moi cinq miettes de la table
Où tes enfants chéris vont boire tout ton Sang.

Oh! C'est assez pour moi d'une goutte divine
De ce Sang rédempteur qui fait tout refleurir;
Qu'elle vienne tomber sur mon âme en ruine,
Bientôt tu la verras revivre et te bénir.

Je te demande encore une des saintes larmes
Que sur Jérusalem tu répandis un jour;
Verse-la sur mes yeux pour qu'ils trouvent les charmes
À pleurer le péché qui blesse ton amour.

Et je voudrais de plus une miette bien chère,
Un de ces traits divins qui plongent jusqu'au cœur;
Jésus, regarde-moi, Toi qui regardas Pierre,
Change l'ingratitude en amour et douleur.

La faim me presse encor… je mendie une flamme
Du foyer de ce cœur qui nous aime à jamais;
Qu'elle ne laisse rien subsister dans mon âme
Si ce n'est Toi, Jésus, son bonheur et sa paix.

Enfin pour enrichir ma complète indigence,
D'un seul de tes soupirs je réclame le prix;
Ah! sans Toi je n'ai rien; vois mon insuffisance
Donne-moi ce trésor; et le ciel m'est acquis!

Sang, larme, doux regard et flamme consumante,
Mérite d'un soupir du Cœur de mon Jésus:
Ces miettes vont suffire à ma faim dévorante
Riche de ces bienfaits, je ne veux rien de plus!

(27 février 1890.)
 
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