Évangéline

English version
 


En puisant dans notre patrimoine immatériel, nous découvrons des mines d’inspiration poétique touchant notre spiritualité, notre vie communautaire, les célébrations religieuses ou l’accueil des visiteurs. Écoutons vibrer les cordes sensibles de nos devancières du siècle passé.
Les Adoratrices du Précieux Sang.
Flora Soeur Marie-de-Bon-Secours (Marguerite Gosselin), a.p.s.

Soeur Marie-de-Bon-Secours est née à Verchères (Québec) le 10 mai 1841. Décédée au monastère du Précieux Sang de Saint-Hyacinthe le 7 avril 1893, elle est inhumée au cimetière claustral.
Ave Maria Immaculata
(Rêverie)

Que n’ai-je une lyre
Vibrant nuit et jour,
Vierge pour te dire
Mon salut d’amour:
Ave Maria! Immaculata!


Que n’ai-je un cantique
Prolongé sans fin,
Paroles, musique
D’un pur chérubin:
Ave Maria! Immaculata!


Si j’avais, ma Mère,
Des perles, de l’or,
Ton doux sanctuaire
Aurait ce trésor.
Ave Maria! Immaculata!


Si j’étais l’aurore
Pleurant sur les fleurs,
J’y ferais éclore
Pour toi bien des coeurs.
Ave Maria! Immaculata!


Si j’étais nuage,
Mes beaux flocons d’or
De ta chère image
Seraient le décor.
Ave Maria! Immaculata!


Si j’étais la bise
D’un soir de printemps,
J’irais dans l’église
Murmurer ces chants:
Ave Maria! Immaculata!


Si j’étais l’étoile
Qu’on voit resplendir,
Pour orner ton voile
Je voudrais m’offrir
Ave Maria! Immaculata!


Si j’étais petite
Encore au berceau,
Je grandirais vite
A ce chant si beau:
Ave Maria! Immaculata!


Déjà dans mes langes
Je tressaillirais:
Pour m’unir aux anges,
Je bégayerais:
Ave Maria! Immaculata!


Mais je suis une âme
Aux ailes de feu,
Active sa flamme
Et son vol vers Dieu.
Ave Maria! Immaculata!


Belle Immaculée
Vision de paix,
Qu’au ciel appelée
Je chante à jamais:
Ave Maria! Immaculata!


8 décembre 1892

Voeux à nos amis - bienfaiteurs

Amis du Sang divin, que la Foi, l’Espérance,
Avec la Charité se fixent dans vos coeurs:
Ces trois filles du ciel calment toute souffrance;
Leurs radieuses mains vous marqueront d’avance
Parmi ceux dont le Christ séchera tous les pleurs.

Amis, soyez heureux comme on l’est sur la terre
Quand on a mis en Dieu son trésor immortel;
Que des jours beaux et pleins forment votre carrière,
Que l’Espoir vous soutienne et la Foi vous éclaire;
Dans votre Charité trouvez la clef du ciel.


Novembre 1891

Le prêtre selon le Coeur de Dieu  

Il est sur cette terre un homme qui sans cesse
Soulage la douleur, ranime la faiblesse
Et qui montre la croix au coeur las de souffrir:
Il est l’ami de tous, le frère de l’enfance,
Le mourant met en lui sa dernière espérance,
Près de cet autre Christ en paix il peut mourir.


Le prêtre, c’est son nom...s’immoler, c’est sa vie
Il est l’ange de paix qui soupire et qui prie
Comme un autre Moïse au pied du saint autel;
Quand il voit le Seigneur prêt à punir le crime,
Sur le monde il répand le Sang de la Victime
Dont les flots ont coulé pour apaiser le ciel.

Le prêtre!... oh! qui dira sa parole de flamme
Quand le zèle brûlant qui dévore son âme
Sur des coeurs égarés s’épanche avec amour;
Pour eux il n’a jamais de reproche sévère,
Il n’a que le pardon, que les larmes d’un Père
Qui bénit Dieu de leur retour

Et le juste éprouvé par le Seigneur qui l’aime
Retrouve auprès de lui l’espérance suprême
De voir changer ses croix en d’immortelles fleurs;
La parole du prêtre inspire le courage,
Elle nous fait planer au-dessus du nuage
Qu’élève l’océan des humaines douleurs.

Mais le prêtre, surtout, pour la vierge timide
C’est l’ange bienfaisant, c’est le père et le guide
Qui sème de clartés son chemin vers les Cieux;
Jésus lui confia son épouse fidèle,
Pour la conserver pure il plaça sous son aile
Ce trésor frêle et précieux.


Le prêtre... il la nourrit du pain qui fait sa vie
Quand à sa lèvre émue offrant la blanche hostie
Il lui donne le Dieu qui captiva son coeur;
Il aime à la plonger dans le Sang qu’elle adore
Pour lui faire entrevoir une première aurore
Du jour qui lui réserve un éternel bonheur.



8 mai 1870

Souvenirs d’une première messe  

Il m’en souvient!... c’était l’aurore
Du jour où le Dieu que j’adore
À ma voix deviendrait présent;
Mes voeux appelaient l’heure sainte,
Où tremblant d’amour et de crainte
Ma main tiendrait le Tout-Puissant.

Je me disais dans mon ivresse:
Est-ce un doux rêve de tendresse?
Est-ce donc un réel bonheur?
Oui, l’Église et le Ciel lui-même
M’ont donné ce pouvoir suprême...
Je suis le Prêtre du Seigneur!

Bientôt l’astre du jour rayonne
Et l’airain béni qui résonne
M’annonce ma félicité;
Un vêtement sacré me couvre,
Il semble qu’à mon regard s’ouvre
La porte de l’éternité!

J’offre au Seigneur les voeux du peuple qui le prie
Et je m’offre moi-même avec la blanche hostie,
Sur l’autel où j’immole, oh! je veux m’immoler;
Jésus, je suis ton prêtre et je suis ta victime,
Je veux me consacrer à ton amour sublime
Et souffrir pour te ressembler.

Ma bouche a prononcé la parole divine,
Et le front prosterné j’adore ma victime,
Pour la première fois, ma main tient l’Éternel!
Son Sang apparaît là dans la coupe sacrée,
Il s’offre à mon amour, à mon âme altérée,
Comme il s’offrait jadis pour nous ouvrir le ciel.

Son Sang, je le possède, il est mon héritage,
Avec des coeurs aimés, mon âme le partage.
C’est le trésor commun des amis de l’Époux;
Ô Sang, gage béni de céleste tendresse,
Donne à tous ton extase et tes larmes d’ivresse,
Attire ceux que j’aime à tes parfums si doux.

Le moment est venu... et j’ai pris le saint calice,
Enfin j’ai savouré le vin du sacrifice!
Ma lèvre est teinte encor du Sang pur de l’Agneau!
Douce félicité, demeure dans mon âme,
Oh! laisse-moi toujours brûler de cette flamme,
Que toujours pour mon coeur brille ce jour si beau!



23 septembre 1870.

 
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